Imaginez-vous une Géorgie des temps anciens... Dans la capitale de Nukha, un matin de Pâques, le gouverneur est renversé et décapité. Sa femme s'enfuit en laissant son enfant, le petit Michel. Gruscha, une fille de cuisine, abandonne tout pour le sauver de la milice du prince qui cherche à l’éliminer. Quelques années plus tard, au sortir de la guerre le soldat Simon, fiancé de Gruscha, la retrouve dans les montagnes, mère de cet enfant et mariée à un paysan – tandis que la femme du gouverneur entend bien récupérer son héritier.
Pendant la guerre, l’écrivain de village Azdak, un homme ivre de vin et d’idées révolutionnaires, a été nommé à la faveur de la pagaïe générale, juge du district. Ses jugements n'ont jamais été que paradoxaux : ne prenait-il pas aux riches pour donner aux pauvres ? C'est sa sentence qui déterminera laquelle, de la mère biologique ou de la mère de cœur, gardera le petit Michel.

Qu’est qu’un spectacle aux cent visages ?
Un spectacle aux cent visages est une forme changeante, en fonction du lieu qui l’accueille et des rencontres qui s’y produisent. Elle se joue à neuf, douze, quinze..., selon qui est libre ce jour-là, selon les habitants prêts à venir jouer avec nous. Selon le budget du théâtre aussi – bien sûr. Prolongement du théâtre épique que souhaitait Brecht, nous allons tenter ici d’explorer à fond les possibilités qu’offre la réalité, au cas par cas.
La dignité par le jeu et l’écriture.
La répétition aussi aura cent visages, basée sur la rencontre avec des non-professionnels au parcours singulier. La troupe cherche avec les participant.es la façon la plus directe de raconter l’histoire. On s’entraîne à jouer le récit dans toutes les configurations possibles, incarnant tantôt ce personnage, tantôt cet autre en fonction du nombre d’interprètes. On fait des ponts avec notre réalité, et par des ateliers d’écriture en parallèle les non-professionnels nourrissent la création en amenant leur point de vue, dévoilant les liens de la pièce avec leur vie. La troupe ponctue son passage en jouant avec eux le Cercle de craie caucasien et en consacrant des temps à la lecture de leurs écrits.
Cette aventure nécessite de trouver des partenaires locaux solides, publics, associatifs et privés (centre médico-social, entreprise d’insertion, café participatif, maison de quartier, centre de détention, fondation…), capables d’intégrer leurs habitants à l’élaboration du spectacle. Ces lieux tiers qui accueilleront la répétition main dans la main avec les théâtres, permettront de comprendre où et comment jouer la forme finale.
La répétition en centre de détention.
Une répétition a commencé au Centre de Détention d’Uzerche (Corrèze) à l’été 2025, où se rendent le metteur en scène, une comédienne et un musicien. À trois ils partagent l’histoire de Gruscha avec les détenus et leur proposent d’y participer, et de partager leurs propres histoires en résonance avec celle de Brecht.
Le processus de création au TNS avec les ouvriers d’une entreprise solidaire et sociale.
À partir d’octobre 2026, la troupe du Cercle de craie caucasien entrera en travail avec une dizaine d’ouvriers de l’ESS Altaïr à Strasbourg. À raison d’une semaine par mois pendant six mois, ils partageront les questions que soulève la pièce ; ensemble ils écriront : les ouvriers témoigneront de ce que cette pièce fait résonner dans leur vie, mettront en lumière leurs propres enjeux d’aujourd’hui. Puis la troupe et les ouvriers se prépareront à jouer ensemble la pièce en mars 2027, dans le cadre des Galas organisés par le Théâtre National de Strasbourg, rendez-vous annuel mêlant les habitants de Strasbourg à la pratique artistique. Ce rendez-vous public final sera l’occasion pour le groupe Altaïr de partager ses réflexions sur son cheminement d’entreprise : comment impliquer les ouvriers dans les prises de décision d’une entreprise, voire leur transmettre juridiquement les manettes de l’entreprise ? Ce partenariat entre une compagnie qui crée un spectacle autrement, un théâtre qui ouvre ses portes à des habitants qui appréhendent d’y pénétrer habituellement, et une entreprise qui se demande comment changer ses modes de gouvernance, ouvre de nouvelles pistes pour produire et diffuser différemment.
Écriture / Bertolt Brecht
Traduction, mise en scène, scénographie / Damien Mongin
Jeu / Jean Haderer, Lise Maussion, Thanos Pritsas, Diana Sakalauskaité, Fatou Siby, Mathilde Weil, Magali Woch
... et les compagne.ons de jeu rencontré.es sur notre chemin.
Musique et jeu / Tristan Ikor (saxophone, percussions, sampler), Robin Mairot (vielle amplifiée)
Développement, production / Mathilde Charbonneau
Chargé de production/diffusion / François Pontaillet
Recherche de financements / Sophie Albrecht
Dramaturgie d’entreprise (interlocuteur entreprises et fonds privés) / Jean Haderer
Conception décor / Sylvain Donadieu
Construction / les ateliers du TNS
Costumes / Nadège Feuillet et Pauline Kieffer
Son, régie / Nicolas Roth
Lumières / en recherche.
Production / Théâtre Pôle Nord
Coproduction / le TNS, l’Empreinte (SN Brive-Tulle), Malraux (SN Chambéry), la Gare Mondiale (Bergerac), Un Festival à Villeréal... (recherche en cours)
Partenaires / le groupe Altaïr (ESS Strasbourg), le Centre de détention d’Uzerche (SPIP Corrèze), la Ressoucerie 19 (Naves), l'Esat les Moulins du Soleil (Tulle), les Papillons Blancs (Bergerac), la Mission Locale du Bergeracois, l'A.E.R.I. (Montreuil), l’Usine Sauvage (Lorient).