Les ateliers du thé ambulant à la Gare Mondiale.
Les ateliers du Thé Ambulant sont en lien avec Hanami, les amours perdues qui s'est joué au Festival [Trafik] 23 dans une forêt. Menés par Lise Maussion et Nicolas Giret-Famien, auteurs et comédien.ne du spectacle, ces ateliers proposent une immersion légère, joueuse, tendre dans le pays du Japon. Ils se déroulent sur trois semaines dans l’idée de s’intégrer et de maturer dans le quotidien de l’Alim avec tout ce qui y vit : l’écriture, la couture, la cuisine.
Petite lettre aux habitant.es
Bientôt c’est le solstice d’hiver. Des jours de plus en plus courts et des nuits de plus en plus longues s’invitent dans nos foyers. Nous aimerions fêter ce tout petit jour avec vous, le temps de partager un repas. Pour imaginer ce repas du solstice, pourriez-vous nous transmettre quelques souvenirs précieux de goûts et de saveurs ? Nous aimerions aussi chiner quelques tissus qui viendraient de votre foyer. Un tissu à chérir, à caresser, à déchirer, à brûler, un tissu que vous souhaitez nous confier ou un tissu dont vous voulez vous débarrasser… Avec ces tissus du quartier nous aimerions cartographier des pays, des îlots, sur une longue nappe bleue comme la nuit, et sur laquelle nous pourrons déjeuner.
Vous pouvez nous le donner directement et nous raconter son histoire, ou simplement le déposer dans un carton qui sera lui aussi dans l’Alimentation Générale.
À cette fête du Solstice, au milieu de cette grande tablée, les enfants de l’école Jean Moulin dévoileront peut-être leurs chimères s’ils le souhaitent pour nous inviter à rêver sous les étoiles et à traverser la nuit plus longue nuit de l’année. Au plaisir à l’Alim’ !
Avec le resto d’Ali.
Partir à la recherche des saveurs « Nagori », ce goût qui nous rappelle la nostalgie de la saison qui nous quitte. Le souvenir d’un plat, d’une recette disparue…
Raconter un bout de vie avec un plat, des bouts de vies avec une recette ou un menu inventé.
Faire apparaitre comme un caprice des fruits ou des légumes « anachroniques » dans son assiette parce que on ne sait pas si on sera là l’année suivante.
Voyager dans le temps avec les aliments.
Improviser un plat avec ce que l’on nous donne à cuisiner.
Choisir des fleurs à poser sur la table où l’on s’apprête à manger.
Jouer avec les couleurs, les saveurs, les odeurs, sur son assiette créer un dessin avec les aliments et sur la table à manger comme une invitation à explorer un monde, une existence.


Avec les Ali'couseuses : Cartographier une nappe avec des tissus confiés.
Le tissu comme une terre, un champ, un pays
À labourer, piétiner, déchirer, réparer, brûler, colmater, « patchworker »… un grand tissu ou des tas de bouts de tissus avec leurs histoires, leurs matières, leurs origines, leurs couleurs, leurs reliefs, comme une grande nappe qui contiendrait la géographie d’une terre vivante qui ne cesse de se transformer avec ses chemins, ses montagnes, ses rivières… inventer une cartographie imaginaire.
Le tissu comme une peau
À caresser, accepter, cicatriser, maquiller, colorer, attacher, rajeunir, vieillir… avec son histoire, ses cicatrices, ses tâches, ses trous, ses plis, ses bosses… comme une grande cape qui contiendrait toutes les émotions, les sentiments, les fantasmes d’une vie.
Le tissu comme un ciel
À découvrir, à explorer avec ses lumières, ses transparences, ses trous noirs, ses constellations, ses mystères infinis… comme une grande couverture pour abriter le sommeil des enfants ou le toit d’une cabane un jour de pluie.
Avec les femmes du CIDFF : Écrire des Haïkus à partir d’un petit inventaire de mots japonais.
Hanami. Contemplation des cerisiers en fleur. Acceptation de la fragilité, de l’impermanence. Beauté de l’être éphémère. Pratique renouvelée chaque année, à la même saison. Toujours identique, jamais la même.
Catani. Ce qui évoque la personne quand on le regarde. Quelque chose qui persiste. La lune que l’on aperçoit encore quand elle a disparu.
Horonigai Une amertume délicate et le sentiment d’une blessure délicieuse comme le souvenir d’un premier amour.
Omiokuri. Le regard qui prolonge le lien entre deux personnes après le départ.
Wabi. La solitude, le dépouillement, la simplicité, la mélancolie. Sabi. La conscience du temps qui passe.
Tokonama. La magie de l’ombre, une pesanteur face à l’éternité.
Nagori na sha. La cérémonie du thé, le reste de la saison. Les vestiges du jour. Ce qui reste, qui subsiste d’une personne disparue. Prolonger le moment de la séparation qui s’achève. Un goût abîmé.
Kaze no denwa. Le téléphone du vent. La nécessité d’appeler de l’autre côté pour parler avec les disparu(e)s, faire son deuil.
Nagori no sora. Le ciel de Nagori. Le ciel tel qu’on le voit quand on quitte quelqu’un à regret. Le ciel du réveillon, d’une année qui s’achève.
Kokori – Nokari. Laisser son cœur.

crédit photo : Nicolas Plaire

Avec l’école Jean Moulin : Imaginer son yokaî à partir d’un bestiaire japonais
Kumo, l’araignée flottante comme un nuage.
Koï, la carpe qui nage à contre-courant et parfois s’envole dans le ciel comme un dragon.
Neko, le chat qui réveille les morts.
Inu, le chien qui protège les enfants contre les oiseaux de mauvaise augure.
Kame, la tortue qui porte le monde sur son dos.
Tsuru, la grue qui crie plus haut que les nuages.
Le Yokaï de Yassine.
Cette nappe du solstice est devenue la terre d’accueil des ateliers ambulants que nous avons continué à inventer autour des représentations de Hanami. À la Scène Nationale de l’Empreinte (Brive-Tulle), sur elle se sont déposés d’autres écrits lors d’une rencontre un samedi matin, avec des mets inspirés des « lectures terreau » de Hanami, préparés par Audrey Plaire.